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Le gouvernement de l’Etat rentier algérien sous Bouteflika
De tous les systèmes de gouvernement en place dans les pays arabes, celui en vigueur en Algérie s’avère, depuis les émeutes d’octobre 1988, assurément l’un des plus résistants à l’analyse. Tantôt civil, tantôt prétorien, tantôt en phase de libéralisation politique, tantôt en phase de restauration autoritaire ; insaisissable, son mode de gouverner ne se laisse cerner qu’en négatif : il ne ressemble ni au modèle du makhzen ni à celui du raïs, il n’est ni khaldounien ni mamelouk ; son Etat paraît omnipotent et vulnérable tout à la fois. De l’Etat fort à l’Etat faible et menacé d’effondrement, de la légitimité révolutionnaire au processus de dé-légitimation, de la construction de l’Etat à la survie du régime, du pouvoir médiatisé du zaïm à celui informel des prétoriens, du clientélisme de masse à la corruption politique, de la démocratie populaire du Parti aux élections sans démocratie du pluripartisme, le système de gouvernement algérien aura subi, en moins d’une décennie, d’importants changements. La formule politique aura ainsi consommé depuis l’instauration du pluripartisme en 1989 à l’arrivée au pouvoir de Bouteflika en 1999, quatre chefs d’Etat (Chadli, Boudiaf, Kafi, Zeroual) – là où le pays n’en a connu que trois en trente ans d’indépendance-, deux « démissions » (Chadli et Zeroual) et un assassinat (Boudiaf), douze chefs de gouvernement, une centaine de ministres. Cependant si la formule politique algérienne a consommé autant de chefs d’Etat et de gouvernement en dix ans, elle n’a connu pour la même période qu’un seul chef d’état-major, qu’un seul patron des services secrets et qu’un seul patron du contre-espionnage, successivement les généraux-majors Lamari, Mohamed Médiene et Smaïn. Qui gouverne quand ceux qui sont censés gouverner ne gouvernent pas ? C’est dans ce contexte qu’arrive au pouvoir Abdelaziz Bouteflika en avril 1999. Coopté par les prétoriens militaires du système au lendemain de la démission avec préavis du général-président Liamine Zeroual (en septembre 1998), l’ancien ministre des Affaires étrangères de Boumediene va très vite bénéficié du ralliement des machines électorales et des associations satellites du système politique : de l’ancien parti unique au nouveau parti de l’administration, de la Centrale syndicale aux organisations de l’ainsi dite ‘famille révolutionnaire’ : le régime est en rangs serrés derrière l’ainsi nommé ‘candidat du consensus’. Devant l’évidence d’une « élection sans surprise », ses six autres concurrents se retirent en bloc la veille du scrutin, le laissant désormais seul face à près de 18 millions d’électeurs. Le candidat est élu au premier tour avec plus de 65% voix mais il sait mieux que quiconque que sa légitimité est plus que d’entrée de jeu affaiblie. Parler de gouvernement d’une société, c’est s’interroger sur le fait que des individus ou des groupes d’individus revendiquent avec succès le monopole des rôles d’autorité sur l’ensemble des membres du groupe. Par Muhammad Hachemaoui
Sommario
Introduction Les « règles pragmatiques » du mode de gouverner algérien Allocation des bénéfices de la rente : la règle normative du mode de gouverner algérien Le mode de gouverner du Raïs : patronage, contrôle clientélaire et allocation de ressources Les effets de la rente : la résilience du système politique
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